L’internet alternatif
Dans la dernière semaine, 2 faits d’actualité apparemment non reliés ont attiré mon attention:
Premièrement, la blackout internet imposé par l’État égyptien à ses citoyens; les compagnies internet locales n’ont eu d’autre choix que d’obéir aux ordres. Conséquence, le peuple se trouve privé de la connectivité qui a beaucoup facilité la mobilisation.
Plus près de chez nous, la décision du CRTC de permettre la facturation des utilisateurs pour leur utilisation a provoqué un tollé de protestations. Peu de citoyens canadiens ne seront pas touchés par cette décision.
Ces deux faits mettent en lumière la dépendance des communautés face à quelques gros joueurs ainsi que le poids des décisions prises par les autorités règlementaires sur l’ensemble d’un réseau national et de ses communautés. Même le réseau d’île sans fil, gratuit, public, dépend de la connexion internet de ses points d’accès, fournie par… ces mêmes gros fournisseurs.
Les alternatives
Heureusement, le sans fil communautaire peut apporter une alternative à ces problématiques. D’ailleurs, plusieurs des communautés rencontrées lors du Sommet International des Communautés Sans Fil à Vienne ont été citées comme alternatives, du moins au problème égyptien.
Le mesh de l’OLPC, ces ordinateurs développés par le MIT et destinés aux enfants des pays en développement, a été mentionné comme alternative potentielle. Or le mesh de l’OLPC n’est pas assez performant pour servir au-delà de 25 personnes, mais d’autres solutions mesh, telles celle de Funkfeuer, sont beaucoup plus performantes et extensibles et pourraient desservir une population beaucoup plus importante.
Openmesh ou des réseaux mesh point-à-point tel celui de guifi.net ont aussi été mentionnés. Il importe de souligner que guifi.net, desservant la campagne catalane, n’a longtemps même pas été connecté à Internet! Comme quoi, un réseau local à l’échelle d’une province peut s’avérer très utile et efficace.
Pour l’utilisateur final, il suffit simplement de se connecter à un point d’accès de ce réseau, par wifi ou câble. La différence est que ce point d’accès, plutôt que d’être branché sur un réseau de Bell ou Vidéotron, est connecté en sans fil à un (ou plusieurs) autre(s) point(s) d’accès. Ce réseau se trouve au-dessus de l’infrastructure réseau existante et n’en dépend donc point. Et avec de l’équipement standard (~100$), il peut couvrir de très grandes distances. Pour peu que des membres de cette communauté maillée partagent de l’information, via un serveur ou ordinateur personnel branché sur le réseau, telle musique/vidéo, un blogue ou encore en hébergeant une des alternatives open-source à Facebook, par exmple diaspora, on se retrouve avec un mini-internet communautaire qui rejoint autant de gens que l’on peut ajouter de points d’accès! Une page portail en prime accueillerait les membres sur le réseau et servirait de vitrine aux services offerts.
Et l’internet global?
Dans le cas égyptien, un tel réseau permet de continuer la mobilisation locale, à défaut de s’exprimer à l’international… à moins de n’avoir une liaison vers l’internet d’un pays voisin… les ondes ne connaissent pas de frontières!
Évidemment on est à des lieux de l’Égypte, mais la décision du CRTC souligne notre vulnérabilité. Ce que l’on prenait pour acquis ne l’est peut-être pas autant que l’on pense. Il faut savoir qu’il y a des alternatives et il ne faut pas attendre une crise pour les mettre en place, sans être paranoïaques non plus!
Tout ce qui manque, c’est l’accès final à internet, une dorsale (backbone) communautaire à l’usage des communautés qui y vivent pour ne plus dépendre de l’industrie. Lors du Sommet des Communautés sans Fil, l’idée a été lancée de relier les réseaux communautaires par une fibre optique transatlantique… Ou encore, acheter un satellite, solution dont on parle aussi ici… Les alternatives ne manquent pas !