Écologie et informatique libre

Auteur: 
diong

Taiwan - Illegal Dumping

Photo: ruel_ke

Deux entreprises de réinsertion se montrent socialement responsables.
Que faites-vous de vos appareils électroniques désuets? Les mettez-vous en bordure du trottoir en espérant qu’un récupérateur les ramasse pour en extraire quelques éléments de valeur avant que les éboueurs les embarquent dans la benne à ordures et qu’ils contribuent à surcharger les sites d’enfouissement?

Je suis sûr que votre conscience sociale (après tout, vous avez adopté dans votre vie quotidienne le logiciel libre!) vous enjoint de les proposer à une entreprise de récupération et de revente de matériel, de préférence une entreprise de réinsertion sociale. Bonne idée! Mais choisissez bien votre entreprise!

Certes, Insertech Angus, pour ne nommer que celle-là, accomplit sans doute très bien son mandat de formation et de réinsertion des jeunes. Mais visitez son site et cliquez sur le volet Boutique et services, et vous verrez où je veux en venir… Machines roulant sous Windows 7, formation à Microsoft Word, comment se débrouiller dans un environnement Windows… Ce n’est pas vraiment le genre d’entreprise, fût-elle bien intentionnée, avec laquelle je veux faire affaire.

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que la vaste majorité de ces entreprises, qu’elles aient un caractère social ou commercial, suit le même courant que la masse des utilisateurs de l’informatique propriétaire.

Si on initie de jeunes décrocheurs à l’informatique, mais qu’on leur enseigne essentiellement Windows, peut-on toujours appeler cela «Initiation à l’informatique»? De plus, leur enseigne-t-on à développer leur indépendance d’esprit, leur sens de la débrouillardise, leur conscience sociale, leur esprit critique, si on les asservit aux logiciels propriétaires?

Lorsqu’on récupère et qu’on remet sur pied de vieilles machines pour les revendre, quelle bonne affaire l’acheteur fait-il s’il lui faut débourser plus cher pour son système d’exploitation que ce que vaut la machine remise à neuf? Et comme Microsoft abandonne ses anciennes versions de Windows pour forcer ses millions d’utilisateurs à migrer vers la plus récente mouture, il y a peu de chances que celle qui se vend actuellement, W7, se sente à l’aise dans une minoune qu’on a voulu sauver de la casse, et qui y retournera donc… (Suis-je en train de dire que Microsoft est en partie responsable d’accélérer la désuétude des ordinateurs et de saturer les sites d’enfouissement de déchets toxiques?)

J’ai découvert aujourd’hui, en allant faire un tour à l’évènement Le Grand Débarras 2010, rue Sainte-Catherine Est, deux petites entreprises qui vont à contre-courant de cette lourde tendance. Pour que le mot réutilisation prenne vraiment tout son sens, je vous les présente donc illico.

Recyc-ordi s’occupe de récupérer, recycler et réduire les déchets électroniques de tout ordre: ordinateurs, imprimantes, magnétoscopes, appareils photo… Au-delà de leur principale spécialité qui consiste à offrir des services de collecte à domicile, à démonter les équipements, à trier et récupérer les divers matériaux et matières premières qui les composent, à rendre irrécupérables les données des disques durs et CD, ce qui nous intéresse, c’est ce qu’ils font de l’équipement informatique encore fonctionnel.

Entre en jeu la deuxième entreprise que je vous présente. C’est Techno-Écolo qui récupère les ordinateurs de Recyc-ordi. La première question que j’ai posée aux deux jeunes qui représentaient Techno-Écolo, c’est: «Lorsque vous avez remis en état de marche un ordinateur, avec quoi le faites-vous tourner?» Je les attendais dans le détour, avec un discours digne d’un missionnaire oblat. Eh bien, j’ai remballé mon prêche net. La réponse a été immédiate: «Ubuntu!» Ai-je besoin d’en dire davantage? Visitez leur site, un wiki, sur lequel vous trouverez une véritable prise de position en faveur des logiciels libres. Voilà ce qui s’appelle prendre ses responsabilités sociales. Et vous, prendrez-vous les vôtres le jour où vous vous déferez de votre minoune?

Connaissez-vous d’autres entreprises qui misent sur le libre pour redonner vie aux ordinateurs à bout de souffle?

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