La sérendipité, c’est pas si sorcier !

Auteur: 
marie

Sérendipité, en voilà un mot particulier. Il se définit par “le fait de réaliser une découverte inattendue au cours d’une recherche dirigée initialement vers un objet différent de cette découverte”. J’ai rencontré ce mot il y a deux ans alors qu’il m’avait toujours accompagné. Aujourd’hui, j’apprends l’existence d’autres notions, relatives elles aussi au hasard comme moteur de recherche. Prenons d’abord le concept de dérive, le terme de dérive n’étant pas systématiquement négatif, notamment dans le domaine géographique. Ainsi, elle est une nouvelle manière d’envisager notre route comme notre routine. Il s’agit de changer le tracé d’un de nos parcours habituels, un de ceux que nous avons régularisé au fil des jours. Bien entendu, la dérive ne semble pas se conjuguer facilement avec nos rythmes de vie actuels, entre hypermobilité et hyperactivité urbaines. Et paradoxalement, la dérive trouve plus d’intérêt à être pratiquée en milieu urbain, afin de profiter au maximum des interventions du hasard, incarnées par les individus, leurs déplacements, les changements d’espaces, les objets… Il peut être tout de même bon d’écouter les enseignements de la dérive en matière de coutumes socio-géographiques. Dériver, c’est sortir des sentiers battus. Ce choix offre un nouveau regard sur notre quotidien urbain. Lorsque je dérive, je change de décor, je sors du cadre spatial habituel et j’appréhende un nouveau parcours. Laisser entrer une part d’aléatoire sur son chemin est une manière de prendre la vie comme elle vient : emprunter une route plutôt qu’une autre, adapter son trajet face à un lieu en travaux, éviter les bouchons routiers et humains… Le fait d’improviser sa navigation apporte ainsi une légèreté au quotidien. Elle redonne le droit de se perdre, d’explorer d’autres voies moins coutumières, tout en restant sur un même territoire.

L’autre notion que j’ai découverte récemment porte le nom pompeux de psychogéographie. Pompeux certes, mais pas bien méchant, ce terme explique qu’un milieu géographique, consciemment aménagé ou non, agit sur le sentiment de bien-être des individus. Chombart de Lauwe, dans son étude sur “Paris et l’agglomération parisienne” (Bibliothèque de sociologie contemporaine, PUF, 1952), illustre bien ce concept : “un quartier urbain n’est pas déterminé seulement par les facteurs géographiques et économiques mais par la représentation que ses habitants et ceux des autres quartiers en ont “. C’est ainsi que certains environnements ont plus d’impacts émotionnels sur nous, ou encore que d’autres lieux nous rappellent des lieux déjà visités, des endroits appréciés…

La sérendipité, ou pratique du hasard,  trouve aussi des voies dans la navigation numérique. L’application The Accidental News Explorer pousse ainsi la recherche classique de l’internaute, en donnant une ampleur à la rubrique “Voir aussi”. L’utilisateur booste sa navigation en passant d’articles en articles, rebondissant de mots en mots. Composant du projet Sentient City Survival Kit développé par Creative Capital, Serendipitor se propose comme une application de navigation alternative : comme dans un labyrinthe, de multiples voies nous sont proposées, des plus courtes aux plus longues. Le degré de difficulté peut ainsi être dosé en fonction de votre curiosité du moment. En suivant la route du ludisme, Drift Deck mixe le concept de puzzle au principe du cadavre exquis. Les cartes du jeu invitent vos pas à traverser la ville, en composant un nouveau puzzle pédestre à chaque sortie. Ces diverses applications valorisent l’aspect récréatif de la marche, mettant de côté son caractère utilitaire, comme le besoin d’aller du point A au point B. C’est donc bon d’avoir le goût de la dérive, preuve de curiosité d’exploration.