Orford : la fin d’une saga ?

Auteur: 
Yves Moisan

La MRC Memphrémagog a publié aujourd’hui un communiqué relativement à l’appel de candidatures visant à trouver un partenaire dans la société d’économie mixte (SÉM) qui sera chargée de la relance des installations (ski et golf) du Mont-Orford [1].  Elle affirme dans son communiqué, comme son titre l’indique, être “satisfaite du résultat du processus” qui a finalement révélé que trois organisations convoitent le poste de participant “privé” dans la société mixte : Camp Fortune, le Vert Tendre/Gestion Soroma inc et la Coopérative de solidarité du Mont-Orford.

Si ma mémoire est bonne, c’est le troisième appel d’offres depuis le cafouillage originel de cette saga causé par la décision du gouvernement Charest de sortir le domaine skiable (et le terrain de golf il me semble) du territoire du parc national du Mont-Orford, décision qui avait eu comme conséquence de mobiliser un nombre impressionnant de citoyens qui ont d’abord manifesté leur désaccord aux abords mêmes de la majestueuse montagne par un beau dimanche de mars 2006, mais qui se sont ensuite organisés en groupes citoyens pour réagir à l’appropriation privée de terres publiques qui était le dessein évident du gouvernement : S.O.S Orford, qui s’est sabordé au terme d’une lutte de quelques années qui a forcé le gouvernement Charest non seulement à réintégrer les terres extirpées du parc (et qui a cru bon en remettre en doublant la superficie du parc quelques mois plus tard, pour se faire pardonner j’imagine), et la Coopérative de solidarité du Mont-Orford.  Il y a eu plus tard d’autres regroupements, comme Orford 911, mais analysons, citoyennement s’entend, les candidatures en lice pour le présent appel de candidatures.

Camp Fortune a été le seul soumissionnaire de l’appel de candidatures précédent celui qui vient de se conclure aujourd’hui.  C’était l’année dernière.  Ou l’autre avant je ne sais plus.  Il y a eu tellement de rebondissements dans la saga Orford qu’on en perd le fil.  Le gouvernement cherchait à ce moment là un gestionnaire privé pour gérer la montagne.  Il exigeait des candidats une garantie de 4 M $ si ma mémoire est bonne.  La suite du dossier a révélé que le promoteur de Camp Fortune n’avait qu’un demi million de dollars à offrir au gouvernement, soit le huitième de la somme exigée.  L’appel de candidature fut un échec et la saga repartit de plus belle.  Camp Fortune revient maintenant à la charge, fort peut-être du fait que les pouvoirs publics (la MRC maintenant) sont moins gourmands cette fois-ci : on n’exige plus que 1,5 M $.  L’histoire dira si le promoteur de Camp Fortune a réussi à faire fructifier son avoir de l’an dernier, mais ses commentaires entendus à la radio allaient dans un sens : la rentabilité de la montagne passe par le ski de soirée.  Selon les estimations de Camp Fortune, le volet ski d’Orford pourrait même devenir rentable dès la première année d’exploitation grâce au ski de soirée.  L’histoire dira peut-être si les estimations de Camp Fortune tiennent compte d’un léger détail : éclairer Orford pourrait avoir des répercussions négatives non seulement sur le voisinage immédiat de la montagne (combien de citoyens habitués à la quiétude nocturne du canton depuis de nombreuses années seraient ennuyés par un Orford à la sauce Bromont ?), mais surtout sur la qualité des travaux scientifiques de chercheurs de deux départements d’astro-physique, ceux de l’université Laval et de l’UdeM, dont l’outil de travail, l’observatoire du Mont-Mégantic à une fraction d’année-lumière du Mont-Orford, serait probablement rendu myope par la formidable luminosité d’un éclairage tous azimuts d’Orford.  Espérons que si Camp Fortune obtient la participation convoitée dans la SÉM, elle saura faire passer l’intérêt citoyen et scientifique avant ses intérêts financiers.  Seul élément de garantie : la présence de la MRC dans la SÉM, qui devrait être sensible aux intérêts citoyens.

Vert Tendre est un acteur dont l’historique dans le dossier de la relance d’Orford remonte plus loin que celui de Camp Fortune.  Vert Tendre s’est manifesté quelques années après la dérape de 2006.  Les détails du projet Vert Tendre m’échappent, mais mentionnons simplement que l’intérêt de ses actionnaires de préserver la station de ski réside dans un projet immobilier d’envergure comprenant des habitations (condos, chalets, maisons de campagne ?).  Au coeur du projet, il y a le fameux téléphérique sur le flanc ouest d’Orford pour acheminer les futurs résidents de Vert Tendre au sommet de la montagne.  L’association avec le gestionnaire actuel de la station de ski, le groupe Soroma, est nouvelle, pour le citoyen que je suis en tous cas.  Cette association donne de la crédibilité à la candidature de Vert Tendre, en raison évidemment de l’expérience de gestion démontrée de Soroma, qui a géré Ski MontJoye avant de se faire confier le mandat de gestion par interim d’Orford par la Sépaq il y a quelques années.  Pour la petite histoire, MontJoye vient de se faire fossoyer par un sauveur de l’entreprise privée qui, non content de simplement faire ses frais, a liquidé les actifs de la station qu’il a obtenue pour une bouchée de pain de la ville de Sherbrooke et s’en est retourné en Montérégie, empochant un montant dont personne ne connaîtra la hauteur.  Ce malheureux épisode ne remet nullement en question les capacités de gestion de Soroma bien entendu, mais je subodore tout de même un remake possible de l’épisode du sauveur venu du privé pour gérer un bien anciennement collectif dans le dossier qui nous occupe actuellement.  Je me trompe peut-être.  Qui sait.  L’histoire dira si l’association entre le promoteur immobilier et le gestionnaire, en supposant que l’association en question coiffe ses 2 opposants au fil d’arrivée, livrera ses fruits et si la mégalomanie qui sous-tend le projet Vert Tendre se matérialisera.  En cas de succès, l’Estrie aura son petit Tremblant.  En cas d’échec, elle aura son éléphant blanc. 

La Coopérative de solidarité est née de l’élan citoyen initial de 2006.  Quelques mois à peine après la dérape gouvernementale.  Dans ses premiers mois d’existence, la Coopérative a su gagner l’adhésion de près de 1000 membres.  Des citoyens, dont je suis, qui ont versé une somme de 200 $ à ce qui était à l’époque — et demeure — un “projet”.  Si on a déjà pu poser sa candidature en sachant pertinemment ne pas en respecter les conditions comme l’a fait Camp Fortune la dernière fois, comment peut-on refuser à une organisation qui a amassé près de 200 000 dollars de “love money” le droit de se constituer une fois pour toutes ?  Je ne m’étendrai pas sur l’historique de la Coopérative (on me taxerait d’être biaisé, ce que je suis bien évidemment), que l’on peut connaître en consultant le site de l’organisation [2], sinon pour dire que j’ai participé à la plupart des assemblées générales dont la dernière, dimanche dernier, et que j’en suis fier.  L’histoire dira si la Coopérative s’instanciera un jour.  L’histoire dira si, sept administrations privées plus tard, le mirage du riche sauveur aura encore prévalu ou si Orford aura été repris en main par une mobilisation citoyenne à grande échelle.

 

[1] http://www.mrcmemphremagog.com/documents/CommunOrford_23-03-2011.pdf

[2] http://cooporford.wordpress.com/