Nouveau défi des logiciels libres: La guerre économique et commerciale

By Benogo

Les qualités techniques des logiciels libres ont longtemps  alimenté bien des débats entre les détracteurs et les partisans des logiciels libres. Il y a quelque années les distributions Linux donnaient beaucoup de soucis à leurs utilisateurs souvent lors de l’installation quant ce dernier devait forcement effectuer une défragmentation de son disque ensuite une partition de celui-ci. Lorsque le système d’exploitation était installé, l’utilisateur novice devait encore résoudre souvent par lui-même les problèmes de compatibilité matérielle et logicielle. Aujourd’hui ce débat n’existe presque plus car la majorité de ces problèmes ” mineurs ” ont été réglés par l’apparition des logiciels  plus performants, plus stables[1] et conviviaux.

Le nouveau défi auquel les logiciels libres doivent désormais faire face ne se situe plus sur cet aspect techniques. Face à la force de ventes et aux actions commerciales aussi performantes qu’agressives des géants des logiciels propriétaires  tels que Microsoft, Oracle ou IBM, la communauté du libre se voit confrontée plus que jamais à la plus difficiles des batailles qu’elle devra mener: c’est la guerre économique et commerciale. Cette guerre se manisfeste à plusieurs niveaux, nous en retiendront deux: les brevets et la force de vente.

Les brevets

Bien qu’un article ait été déjà publié sur ce sujet par notre collègue Fatim Sall, nous reviendrons sur ce danger qui menace les logiciels libres en insistant sur le caractère commercial ou du moins non commercial de cette pratique.

“Le brevet est un titre de propriété qui confère à son titulaire non pas un droit d’exploitation, mais un droit d’interdiction de l’exploitation par un tiers de l’invention brevetée”[2] Cette définition du brevet pour le moins très intéressant montre le caractère insidieux et tendancieux de ce “droit” dont peuvent user bien des entreprises comme arme surtout dans le domaine des logiciels. En effet le logiciel est par définition selon le droit canadien un “Ensemble d’instruction ou d’énoncés…”[3] en le brevetant les géants informatiques limitent ou bloquent, sans toutefois en user directement, les usages que l’on peut faire de ces “formules “. Ceci est un danger pour l’utilisation des logiciels libres car selon Der Spiegel (Périodique hebdomadaire) ” Il est remarquable de constater que Microsoft mentionne souvent les brevets en rapport étroit avec le défi concurrentiels des logiciels libres”[4]. Comme si Isaac Newton (mathématicien, physiciens, astronome… anglais) brevetait toute ces découvertes notamment sa théorie de la gravitation universelle. Einstein aurait été obligé de verser des royalties à sa famille pour avoir découvert  la théorie de la relativité puisque celui-ci a utilisé la théorie de Newton pour démontrer la sienne. Pis, tous le monde, utilisateurs comme inventeurs, ingénieurs seraient obligés de payer des droits pour faire usage de cette théorie dans la vie courante. On imagine aisément les freins importants que cela aurait pu causer au développement du l’humanité. Depuis longtemps, les entreprises comme Oracle, IBM, HP et bien d’autres utilisaient l’arme redoutable des brevets pour arriver à s’imposer face aux logiciels libres et aussi face à leur concurrent. Aujourd’hui loin de ce départir de cet “avantage” que leurs offrent les législations de certains pays contrairement au canada (où les brevets sur les logiciels libres ne sont pas reconnus), ces géants informatiques se font presque la concurrence en terme de chiffres sur la quantité de brevets délivrés en une année.  En 2008, IBM à obtenu 4186 brevets aux états Unis qui lui permet de garder sont rang de 1ère au palmarès des détenteurs de brevet. Microsoft vient, pour cette même année, en 4ème position avec  2030 brevets devant Intel et HP[5] qui ont eux respectivement 1776 et 1424 brevets.

La force vente

Un autre aspect tout aussi important est la capacité de pénétration du marché ou de conservation et d’accroissement de ces parts de marché. Microsoft est l’une des plus féroces entreprises en matière de marketing et de relation avec la clientèle. Parmi tout les grandes entreprises des Technologies de l’information elle est de loin celle qui se repose le moins sur ces acquis pour obtenir ou conserver des parts  de marchés. Pour ce faire, elle use parfaitement des théories de marketing des plus basiques aux plus sophistiquées. D’abord par l’usage des 5 forces concurrentielles de “Porter”. Les géants informatiques ont compris que toute la maitrise du marché se résume par ces 5 forces à savoir:

  • le pouvoir de négociation des clients ;
  • la menace d’entrants potentiels ;
  • le pouvoir de négociation des fournisseurs ;
  • la menace des produits de substitution ;
  • l’intensité de la concurrence intrasectorielle[6].

En prenant seulement l’exemple du pouvoir de négociation des clients, la position de quasi monopole de Microsoft  ( 93%[7] des part de marché des système d’exploitation) entraine une influence importante de celui-ci sur  les clients et donc réduit considérablement la liberté de décision de ces derniers dans le choix d’autres logiciels tels que les logiciels libres. Mais comment cela s’explique t’il ?

L’explication peut venir de la notion du rendement croissant d’adoption définit par W.B. Arthur (1988) et qui peut avoir cinq sources:

-    l’effets résultant de l’apprentissage par l’usage

-   Les économies d’échelle en production de série;

- Les rendements croissant d’information, qui à la fois favorisent la réputation et réduisent l’aversion pour le risque;

- Les effets de la complémentarité technologique qui renforce l’enviroionnement technique de la technologie;

- Les externalités de réseau qui résulte directement de l’élargissement de la communauté des usagers et, indirectement, par conséquences de cet élargissement sur l’offre de technologie et de produits complémentaires[8].

Comme bien des technologies avant elle, Microsoft avec  son système d’exploitation Windows a atteint ce seuil et est non seulement conscient de cela mais aussi l’utilise habilement contre ses concurrents et les produits de substitution que peuvent représenter les logiciels libres. A l’analyse de ces 5 sources on constate que l’avantage des logiciels propriétaires notamment de Microsoft ou d’Oracle sur les logiciels libres résident dans tous ces différents points. En se focalisation sur le 5ème point ” l’externalité de réseaux ” On comprend pourquoi les usagers des  logiciels propriétaires Windows ont du mal à se départir de ceux-ci au profit des distributions linux ou autres logiciels libres. En effet, la possession de ce système d’exploitation ” Omniprésent ” entraine une certaine aliénation, qui est loin d’être technique, aux autres produits complémentaires tels que la suite Office ou la plateforme Visual Studio, malgré la compatibilité des autres logiciels libres similaires tels que OpenOffice pour ne prendre que cet exemple.

On peut ajouter à cela, et la concurrence oblige, que les entreprises du libre face à ces géants informatiques disposant d’une armée de commerciaux et d’un réseau de clients déjà bien établis et entretenu, partent en rang dispersé pour souvent proposer un même service autour d’un même logiciel Open source plus ou moins amélioré.  On comprend pourquoi lors des appels offres publics, il ne vient pas à l’esprit des gouvernements ( à tort ) de solliciter leurs compétences ou leurs services lorsqu’il s’agit de renouvellement des logiciels propriétaires déjà existant.

Ce nouveau défi auquel la communauté du libre a à faire face sera la clé du succès définitif des logiciels libre sur les logiciels propriétaire.  Il est important que cette communauté prenne conscience de cela. Mais des espoirs apparaissent avec l’organisation des communautés autour des Fondations bien organisées tels Ubuntu Foundation , ou même l’implication des l’entreprises telles qu’Oracle et IBM dans certaines communautés.

[1] http://www.internethic.com/Societe/Philosophie/Logiciels-libres/Performance-et-stabilite-des-applications

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Brevet

[3] Article 2 Loi sur le droit d’auteurhttp://www.robic.ca/publications/Pdf/264-HGR.pdf

[4] http://www.nosoftwarepatents.com/fr/m/dangers/linux.html

[5] http://www.industrie.com/it/informatique/ibm-toujours-en-tete-en-matiere-de-depot-de-brevets.7696

[6] http://fr.wikipedia.org/wiki/Cinq_forces_de_Porter

[7] http://www.oboulo.com/cas-microsoft-12280.html

[8] Jean-Benoît ZIMMERMANN, “Externalité de réseau et adoption d’un standard dans une structure résiliaire” page 68